Blog de Savoie & Piedmont

Extrait N° 3 du livre Savoie Mystères et Splendeurs - La légende des vouivres en Maurienne.

La légende des vouivres en Maurienne au XVIII° siècle.

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Les campagnards ont de merveilleuses légendes de serpents appelées vouivres ou guivres. Selon les paysans elles ont des ailes comme les dragons et portent des couronnes de flammes qui jettent des étincelles dans la nuit noire quand elles volent d’un pic d’une montagne à un autre, alors que leur gros œil brille comme une boule de feu. De leur bouche s’échappent avec force des étincelles et des flammes jettent une lueur merveilleuse autour de leurs ailes déployées. Les gens des campagnes disent que ces dragons aiment se baigner dans les lacs de montagne, mais qu’avant de rentrer dans l’eau ils laissent leur œil unique sur le rivage. Connaissant la valeur de cet œil, nombreuses étaient les tentatives pour s’en emparer, mais ceci ne fût réussi qu’une fois, et à cette occasion, le paysan arriva non seulement à prendre l’œil, mais il captura aussi le dragon et le ramena à son village natal.

Ces vouivres dansaient la nuit parmi les rochers des montagnes et les gens les plus imaginatifs racontent comment ces êtres énormes éclairaient de leurs yeux, comme un joyau, les rochers nus, les champs de neige et les glaciers.

Selon la légende, les derniers de ces animaux furent vus en 1790, lorsqu'un paysan raconta qu'il en avait vu un qui volait en direction du grand Murevan. On dit aussi que ces dragons avaient leur propre empire et leurs lois et qu'ils se groupaient en grand nombre pour les défendre.

En certains endroits, ils ne laissent pas seulement leur œil sur le rivage quand ils vont se baigner, mais aussi leur couronne d'or et leur poison, ce dernier étant caché avec le plus grand soin dans les rochers, parce que s'il était touché par un être humain, le dragon qui en est propriétaire mourrait à l'instant même. Celui qui aurait la chance de s'emparer de sa couronne deviendrait la personne la plus heureuse au monde.

La croyance, au Moyen Âge, était que ces vouivres étaient généralement associées aux sorcières et aux esprits du mal qui les utilisaient pour se déplacer dans les environs sur leur dos, mais la légende suivante montre que, quelques fois, elles n'étaient pas effrayantes à voir et qu'elles pouvaient être les plus charmantes et les plus gentilles des bêtes.

Le village de Saint-Rhémy ( peinture d'Estella Canziani)

Une fois vivait sur les rives d'un lac de montagne, une belle vouivre blanche à l'apparence la plus superbe. Chaque jour, une petite fille avait l'habitude d'aller lui parler et de la nourrir. Quand cette petite fille grandit et que le jour de son mariage fut proche, alors que toute la famille était rassemblée, le dragon arriva soudain dans la pièce en volant et fit cadeau à la petite fille de sa magnifique couronne d'or. Ceci ressemble beaucoup à un conte de Grimm.

La croyance en ces vouivres remonte aux temps anciens, car nous savons que lorsque les Perses regardaient les éclairs, ils avaient coutume de dire : « voilà le serpent qui lève les yeux vers le ciel » . Au VIIIe siècle quand Saint-Eldrade, Evêque de Novalaise souhaita construire un couvent, on raconte qu' il dut emmener les dragons dans une caverne avant de pouvoir le faire.

Il y a une tradition très intéressante concernant Guillaume le Conquérant dans laquelle ces vouivres sont mentionnées. Guillaume, dit l'histoire, était décidé à maîtriser le démon qui l'avait accompagné toute sa vie, car il désirait passer sa vieillesse dans la paix et la tranquillité. Il se rendit dans une forêt désolée à l'écart, mais d'abord, il dut vaincre par la prière, les vouivres et autres serpents qui y habitaient. Il les charma et tous se jetèrent dans un grand lac voisin.

En de nombreux endroits toutefois, on croit encore aux vouivres. On y a perdu la crainte superstitieuse des serpents que souvent on fait cuire et que l’on mange. Encore une fois, cette coutume remonte aux temps anciens, en effet dans Edda la Scandinave, dans les chants de Gudren et Humker, le héros Sigurd tua un grand serpent et mangea son cœur de façon à pouvoir apprendre le langage des oiseaux.

Dans certaines régions, les gens de la campagne parlent encore de ce qu'ils appellent « l'or du soleil ». Cette croyance a probablement sa source dans quelque mythe solaire, mais la légende suivante pourrait lui donner une origine différente.

Un certain chevalier Runo di Gastilen aimait les richesses à tel point que le diable le persuada facilement de donner en gage son âme en échange de devenir l'homme le plus riche du pays. Le diable apparut à Runo sous la forme d'un homme barbu, aux pieds palmés, avec un bâton noueux à la main. L'affaire fut vite conclue, et d'un seul mouvement de son bâton noueux le diable transforma tout l'aspect de la montagne sur laquelle ils se trouvaient. En un instant, les rochers, les arbres et les fleurs furent changés en or brillant dont la splendeur concurrençait même celle du soleil. Le chevalier fut comblé de joie pendant quelque temps, mais l'éclat brillant de ses trésors l'éblouit tellement qu'il devint presque aveugle, et il mourut rapidement de chagrin à cause de son triste sort.

Le trésor fut enterré, mais une fois par an, à minuit le Vendredi Saint, il fait son apparition sur les montagnes. Alors les rochers, arbres et fleurs s'éclairent d'une lumière surnaturelle ; mais à l'aube l'or disparaît, et personne n'a jamais été capable de s'emparer d'aucun des trésors tellement vénérés du chevalier Runo.

Les gens des campagnes croient aussi que c'est dans les lieux désolés et les glaciers que les damnés doivent passer de nombreuses années de dur labeur jusqu'à ce qu'ils gagnent par leur travail leur chemin vers le paradis.

Ces âmes perdues sont sous les glaciers, et elles doivent chaque nuit creuser la glace avec un pic jusqu'au chant du coq. À ce moment, elles arrêtent leur labeur jusqu'à la nuit suivante et alors elles retournent de nouveau à leur travail glacé, et elles continuent jusqu'à ce qu'elles aient fait une ouverture dans la glace par laquelle elles peuvent monter aux cieux.

Il existe beaucoup de prières de paysans pour ces pauvres âmes, et les gens vont souvent faire des tranchées dans la glace pour aider le travail de leurs amies.

Dans les temps médiévaux des processions de fantômes de saints morts semblent avoir été fréquentes dans les montagnes. Ceux-ci marchaient généralement deux par deux et de leur tête sortait une lumière merveilleuse.

Il y a une histoire d'un jeune moine qui était sur le point d'abandonner son ordre, mais avant de partir, il se rendit une fois encore devant l'autel pour s'y agenouiller, et il vit dans une apparition les saints qui marchaient avec des halots brillants autour de leur tête et de leurs mains. Beaucoup de gens des campagnes croient encore à ces processions fantomatiques et ils disent quelles peuvent être vues les nuits de pleine lune, allant et venant de haut en bas, en répétant les prières des Rogations. D'autres disent que ces « cours » sont conduits par une personne vivante richement vêtue, ou d'autres fois par une langue de feu.

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A SUIVRE prochain extrait sur ce blog

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